Dominique Perrault, architecte de « l’interrelation »

29 July 2008

Dominique Perrault, l’architecte de la Bibliothèque Nationale de France s’expose jusqu’au 22 septembre, au centre Pompidou, à Paris, à travers 50 de ses projets. Retour sur un temps fort architectural.

Un parcours atypique

Brillante carrière pour cet architecte DPLG, né en 1953, à Clermont-Ferrand… Les Beaux-Arts, l’urbanisme aux Ponts et Chaussées, les grandes études d’histoire à l’Ecole des Sciences Sociales puis, en 1984, la construction de l’ESIEE, l’école d’ingénieur de Marne-La-Vallée… Depuis, le lauréat du concours de la BNF a tracé sa voie dans l’architecture contemporaine et est devenu un familier des grands chantiers d’ambition nationale, en France et à l’étranger. Sa vocation ? Rendre les murs « perméables ». Car Dominique Perrault est pour la relation et la communication des êtres et des volumes. Démonstration à travers 6 de ses projets en cours.

Le théâtre Mariinsky, Saint Petersbourg : « L’habit de lumière »

Un bâtiment massif accueillera bientôt les amateurs d’opéra du monde entier, au cœur de la cité de Saint Petersbourg, en Russie. Imposant volume de marbre noir, le bâtiment abritera une grande salle de spectacle pourvue d’une scène aux couleurs chatoyantes. Une énorme coque dorée et ajourée viendra recouvrir l’édifice anguleux, tel un cocon d’or, véritable chrysalide urbaine. Particularité: la structure imaginée par Dominique Perrault ne suit nullement les lignes épurées du bâtiment-socle. Opposition réussie entre courbes dorées et blocs compactés, conciliation fructueuse entre l’aspect « volatile » et l’aspect « terre à terre », c’est bien un « habit de lumière » que l’architecte déploye ici autour du « corps » de l’opéra comme il le nomme.

Le palais des sports de Rouen : « Plan triangulaire pour arènes modernes »

Des marches à n’en plus finir pour un édifice minéral, emmarchement gigantesque soutenant un parvis aux notes minimalistes… Son plan au sol triangulaire inclus deux terrains de sport, véritables arènes de 1400 et 4000 m2, creusées dans la masse. Pour abriter cet espace presque intemporel et peu délimité, une toiture géante flotte au dessus des terrains. Dominique Perrault réhabilite ici le socle architectural dans chacune de ses dimensions.

Le Sky Hotel de Barcelone : « L’effet contrepoids »

Conçu pour le groupe Habitat à Barcelone, cet immeuble grandiose se compose d’un cube auquel viennent s’adosser, en étroit décalage, deux volumes rectangulaires de faible profondeur. Cette disposition des masses crée un effet « contrepoids » vertigineux. Avec ses 257 chambres à la vue dégagée sur la montagne du Tibidabo et ses 120m de haut, l’immeuble possède un « porte-à-faux » à 20 mètres du sol qui se suffit à lui-même pour signifier aux visiteurs l’entrée du bâtiment.

La passerelle du Manzanares à Madrid : « Le cocon et la rivière »

L’un des projets en cours les plus fous de cet architecte de l’open-space, la passerelle du Manzanares étonne par son concept. Surplombant la rivière, elle permet le passage d’une rive à l’autre mais plus encore : elle ouvre l’accès au parc arboré situé en contrebas. Pourvue d’une allée piétonnière et d’une piste cyclable, c’est une véritable promenade ombragée dont la structure ajourée luit dans la nuit. Détail: elle n’est pas conçue d’un seul bloc mais se compose de deux éléments « duels » et complémentaires, croisés, s’adaptant à la topographie courbe de la colline sur laquelle elle repose. Cet espace contemporain tient également lieu de belvédère sur Tolède.

Les DC Towers de Vienne, Autriche : « Quand dialoguent les cactus »

Ces tours jumelles dont les croquis d’origine évoquaient des cactus sont deux volumes de type « building », tronqués en biais dans leur hauteur. Cet enchevêtrement de plaques de verre évoque également les vagues brisées de l’océan. Effet végétal et aquatique garantis !

Les tours de Rho-Pero, Milan : « l’effet Jazzy »

Ce projet en construction intrigue le passant. Parti d’une recherche conceptuelle sur le thème du monolithique, Dominique Perrault a conçu deux tours imposantes, destructurées. Le grès et la pâte vitrée noire utilisés pour l’habillage des deux édifices confèrent à l’ensemble un effet « Jazzy ». Les tours semblent danser et de leur « désinvolture » apparente se dégage un côté « cartoon » peu courant chez le créateur.

Sculptés, déséquilibrés, liants, ouverts ou éclatés, les espaces architecturaux de Dominique Perrault n’ont pas fini d’offrir à l’homme moderne de nouveaux lieux de transition, adaptés aux mutations galopantes des villes.

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